Et soudain le Trou Noir…

[Attention c’est long, prend un café (ou un thé on s’en fout), une clope (ou un carambar on s’en fout aussi), pose toi là si tu en as envie]

Et Soudain Le Trou Noir…

Je vis à 1.000 à l’heure, toujours, tout le temps, depuis aussi longtemps que j’ai commencé à bosser… et avec l’arrivée des enfants cela n’a pas changé…

J’ai fait les 4 coins du globe avec des décalages horaires de fou (-12h / +12h en 4 jours même pas peur), des heures d’avion au compteur (mais pas assez de points pour avoir des billets gratuits la loose internationale comme on dit chez moi), bref la pression / la tension ça me connaît, et je le gère plutôt pas mal en fait… J’ai un Monsieur Papa qui déchire sa race, qui adore être seul avec les minis, je peux partir les yeux fermés, il gère de A à Z, franchement que demander de plus ? (il gère tellement bien que quand c’est moi suis seule avec les minis je suis D-E-B-O-R-D-E-E)

Mais ça en fait c’était avant… avant quoi me direz-vous… avant d’être absorbé (ouais ok vendu) à un groupe… J’ai jamais voulu bosser dans un groupe, je sais que cela ne correspond pas franchement à mes valeurs, que j’aurai du mal à m’acclimater, là où j’étais totalement autonome, voilà que j’ai maintenant besoin de 12 signatures pour acheter un paquet de post-it… Je vous dis qu’avant on avait une carte de crédit de la boite à disposition ?? Dans un groupe tu oublies ça hein… totalement… Ne me demandez pas pourquoi j’ai suivi, cela ne regarde que moi, mais ouais j’ai suivi, c’était il y a 4 ans et demi…

En 4,5 ans j’ai subi, je pense que le terme est le bon, un bon nombre de remaniements, de turbulences, mais j’ai tenu bon… J’ai vu un limogeage en règle qui m’a beaucoup plus touché  que ce que je pensais, j’ai vu mon équipe torpillée en l’espace de quelques mois, on m’a mise dans la confidence de ce qui allait arriver en m’ordonnant de me taire surtout… destructeur… J’ai vu une entité sur le point de fermer… Entité à laquelle j’appartiens depuis aujourd’hui 19 ans (dans quelques jours) autant vous dire que psychologiquement c’est hard… On nous a donné une chance de remonter la pente, sauf que de 15 on est passé à 6… et moi mon équipe, bah on est passé de 4 à 1 (Bibi youhouhouhou) J’ai pris la décision y’à quasiment 1 an d’y aller, un nouveau challenge, on va y arriver, si on n’y arrive pas personne d’autre ne le pourra… Ouais… Ouais…

J’ai commencé à comprendre que je pétais littéralement les plombs fin Novembre quand j’ai fondu en larme parce qu’il n’y avait plus de cookies pour le petit déjeuner… J’ai lancé un SOS à Monsieur Papa qui a pris la relève sur un grand nombre de chose (dont les fameux cookies)… Sauf que à ce moment là si je lâchais la barre, j’emmenai tout le monde avec moi et ça c’était hors de question, je ne porterai pas la responsabilité de l’échec… J’ai surnagé jusqu’à 10 jours de break en Guadeloupe avec des amis, qui m’ont bien aidé à relativiser la situation…

Une autre personne m’a mis d’énorme coup de pied aux fesses en étant cash « tu assumes ta décision tu vas au bout tu t’écroules après » … Trash mais efficace… J’ai eu des séances de « boost » le samedi matin pendant que Léonie faisait la baleine dans la piscine… Une autre personne ne m’a pas dit « tout ira bien », elle m’a plutôt dit « c’est la merde mais je suis là, je peux pas t’aider mais je suis là »

Décembre est passé… Janvier est arrivé, j’ai tenu en mode pilote automatique, 20 ans que je fais ce métier, on m’aura pas à ce niveau là, mais là j’ai commencé à me dire que je tiendrai pas en fait…

« Tu assumes ta décision tu vas au bout tu t’écroules après »

Février est là, j’en peux plus, le salon est dans 10 jours, je suis en train de m’écrouler avant même d’être partie c’est moche… Monsieur Papa me soutient, il connaît la situation dans les moindres détails, les enfants me regardent hurler sans trop comprendre pourquoi mais font profil bas, Monsieur Papa répète sans cesse « Maman est fatiguée ça ira mieux après les vacances (des enfants hein pas les miennes) » et systématiquement je quitte la pièce pour aller pleurer d’avoir crier…

3 jours avant de partir, je hurle mon désespoir qui n’est pas entendu… je n’ai pas de répondant, rien… J’ai le sentiment d’être jetée dans le mur et que l’on regarde comment je vais réussir à passer par dessus… dur… très dur… 20 ans d’expérience autant vous dire que je sais que je vais manger sévère, 1 contre 4, ça ne marchera jamais… Je sais ce qu’il m’attend et je sais que ça va être violent…

Je pars la mort dans l’âme…

« Tu assumes ta décision tu vas au bout tu t’écroules après »

1 semaine – 750 Personnes – une centaine d’exposants – des tonnes de marchandises à installer – etc etc etc – et une seule personne > MOI

Alors ouais je l’ai sorti le salon, j’ai tenu bon, je n’étais pas ‘seule’ totalement, un soutien psychologique infaillible de deux des mes collègues (ceux avec qui on a relevé le défit)… J’ai bu des litres de café, pas beaucoup mangé, cassée une tasse pleine dans ma salle de bain à cause de vertige le matin, incapable de mettre un pied devant l’autre…

« Tu assumes ta décision tu vas au bout tu t’écroules après »

J’avais un objectif… 22 février 14h00, je me le suis répétée en boucle pendant 1 semaine : 22 février 14h00… et soudain le trou noir…

Il est 14h le 22 Février tout le monde est parti, le groupe a quitté l’hôtel, ceux qui bossent avec moi aussi… et soudain le trou noir… Assise par terre sur la moquette, en larme de manière totalement incontrôlable… Les nerfs ont lâché…

J’ai assumé ma décision et me suis écroulée après…

Je suis rentrée par le dernier avion, les yeux bouffis de fatigue d’avoir dormi une trentaine d’heure en 6 jours… et de larmes, j’ai récupéré ma voiture et suis rentrée en pilote automatique… Monsieur Papa m’attendait… 1ère fois en 19 ans de carrière que je rentre dans cet état là… Il n’a rien dit, il a écouté puis m’a demandé d’aller dormir et de sérieusement réfléchir à faire un break…

De longues heures de sommeil après, j’ai récupéré les minis et en entendant mon fils me dire « oh bah dis donc t’es pas très belle quand même, tu as des traits de vieux »… J’ai vu le médecin qui m’a arrêté 15 jours en me prescrivant un anxiolytique… Pas pris le médoc… Par contre je me suis shootée à mes enfants, tous les jours, matin et soir… J’ai pris le temps de prendre le temps… Je me suis occupée de mes enfants, les emmener à l’école le matin, les récupérer à la sortie directement (bon pas le midi hein faut pas déconner non plus), le mercredi toute sainte journée. Ma fille n’a jamais autant ri qu’actuellement, mon fils ne m’a jamais autant parlé que ces derniers jours (discussion qui n’ont pas toujours un sens, c’est Loulou hein faut pas oublier…), Monsieur Papa est là, à mes côtés, c’est mon rock, mon pilier, qui comprend tout sans écouter (lol)…

J’ai demandé à être prolongée de 15 jours supplémentaires, c’était trop juste en terme de digestion… La digestion est longue et quasiment terminée

Je reprends Lundi par 48h au siège… 48h qui vont être décisives autant pour eux que pour moi, la fin du processus étant de poser les mots sur ce qu’il s’est passé. Je n’attends rien, excepté quelques aménagements qui sont eux par contre non négociable… Il y a eu des changements encore pendant mon absence et personne ne sait si je reviens Lundi ou pas… J’aime bien faire des surprises…

Je suis au clair dans ma tête, je n’ai pas de compte à régler, je suis au-dessus de tout ça, je connais mon métier, je l’ai dans le sang, et je vais y retourner parce que c’est comme ça que cela doit être, je suis prête à ouvrir le tome II.

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Un commentaire

  1. Bon courage Aurore , des fois il faut savoir dire stop pour notre bien !

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